Annonce de la prochaine parution chez Sander Édition
Il y a, dans le monde orthodoxe contemporain, un mot qui circule partout et qu’on prononce sans presque jamais s’arrêter sur ce qu’il recouvre : « OTD », Off The Derekh. On l’entend dans les conversations de famille, dans les discussions de couple, dans les bureaux des Rabbanim, dans les salles des professeurs, dans les groupes de parents inquiets. Il sert à nommer un enfant qui change de tenue, un adolescent qui ne va plus prier, un jeune adulte qui s’éloigne, parfois aussi un homme ou une femme installés depuis longtemps, dont on découvre un jour qu’ils ne sont plus, intérieurement, là où on les croyait.
Mais ce mot, à force d’être employé, a fini par cacher ce qu’il prétendait désigner.
Car que dit-on, exactement, lorsqu’on dit qu’une personne est « hors du chemin » ? Parle-t-on d’une perte de foi ? D’une baisse de pratique ? D’une révolte contre l’autorité ? D’une blessure ancienne devenue intenable ? D’un doute intellectuel sérieux ? D’une double vie épuisante ? D’une crise passagère qu’on a trop vite transformée en identité ? Ou simplement d’une souffrance que personne n’a su voir à temps ?
C’est de cette question que naît Shmirat HaDerekh, le nouveau livre de Menahem Mendel Sander, à paraître prochainement chez Sander Édition.
Un livre qui refuse les explications faciles
Comme Shmirat HaNefesh avait pris au sérieux la santé mentale, comme Shmirat HaGuf avait pris au sérieux la santé physique, Shmirat HaDerekh prend au sérieux ce qui se joue dans les trajectoires de désaffiliation religieuse — et refuse, méthodiquement, les réponses toutes faites.
« C’est juste Internet. » « Il manque de Emunah. » « Il cherche la facilité. » « Il faut serrer plus fort. » « Il faut tout lâcher. » « C’est la faute des parents. » « C’est la faute de l’école. »
Toutes ces phrases circulent. Toutes désignent quelque chose de réel. Aucune ne suffit. Et toutes, prises pour explication unique, conduisent à des réponses qui aggravent ce qu’elles prétendent résoudre.
Ce livre propose autre chose : passer du langage de l’alarme au langage du discernement.
Une double exigence : la Torah et la science
Comme dans les deux ouvrages précédents de la trilogie, l’auteur tient ensemble deux registres que beaucoup voudraient séparer.
D’un côté, la Torah : les sources rabbiniques sur la derekh, sur le chinokh al pi darko, sur le kavod et le bizayon, sur le tokho ke-baro, sur la tochakhah et ses limites précises, sur le ones et la responsabilité diminuée, sur la teshouva et son temps long. Tout cela, la tradition l’a pensé il y a longtemps, avec une précision que beaucoup de discours communautaires contemporains ont oubliée.
De l’autre, les sciences humaines : la psychologie de l’attachement, les théories de l’autodétermination, les recherches contemporaines sur la honte et l’humiliation socio-évaluative, les travaux sur le regard conditionnel, les études longitudinales sur les trajectoires de désaffiliation, les enquêtes du Pew Research Center, de Nishma Research, de l’Orthodox Union, ainsi que les recherches universitaires de Fader, Engelman, Miles, Velan, Davidman, Lurie, Levi-Belz et bien d’autres.
Et la rencontre entre ces deux registres produit un constat que ce livre formule sans détour : ce que la science contemporaine documente sur la transmission, le lien, la honte, le trauma, la cohérence intérieure, la tradition l’avait formulé dans une autre langue, il y a longtemps. La convergence n’est pas une coïncidence. Elle indique que ce qui vaut pour l’être humain, la Torah l’avait vu.
Un livre construit comme un manuel pratique
Shmirat HaDerekh n’est pas un essai théorique. C’est un manuel — long, dense, structuré — destiné aux parents, aux éducateurs, aux Rabbanim, aux thérapeutes, et à tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, accompagnent des trajectoires en difficulté.
L’ouvrage est organisé en onze parties, chacune répondant à une question précise :
- Définir correctement le phénomène, en distinguant ce que l’expression « OTD » agrège abusivement (attrition, changement de niveau, double vie, profil intermédiaire).
- Penser ce que la Torah dit du chemin, du marcheur, du lien, de la honte, de la tochakhah et de la teshouva.
- Comprendre le socle scientifique : les modèles de sortie, les forces push/pull, la distinction causes/déclencheurs, le rôle du sentiment d’appartenance, les facteurs intellectuels, le regard conditionnel, les coûts de sortie.
- Reconnaître les onze profils différentiels — traumatique, intellectuel, scolaire, relationnel-communautaire, identitaire, double vie, pratique sans intériorité, foi sans pratique, conjugal, tardif, mixte — qui n’appellent ni les mêmes lectures ni les mêmes réponses.
- Voir les angles morts majeurs : trajectoires féminines, trajectoires masculines, asymétries de genre, LGBTQ, sexualité et honte, neurodivergence et misfit, santé mentale, abus spirituel.
- Examiner les matrices : foyer, école, communauté, fratrie, couple parental, curriculum, regard social, rôle du Rav, mondes parallèles.
- Démonter les idées reçues qui circulent et qui empêchent les analyses justes.
- Prévenir par la construction de conditions habitables, à chaque niveau.
- Répondre lorsque la crise est là — sécuriser, écouter, orienter, sans aggraver par la précipitation.
- Repenser la question des « bons résultats » : maintien du lien, préservation de la parole honnête, foi sans pratique, lien sans retour. La teshouva gemurah reste l’horizon ; mais reconnaître les étapes intermédiaires est la condition pour qu’elle redevienne possible.
- Réformer ce qui peut l’être à l’échelle structurelle : familles, écoles, communautés, formation rabbinique, coopération clinique.
Un livre qui prend au sérieux ce que personne ne dit
L’une des spécificités de Shmirat HaDerekh est de nommer ce que beaucoup voient sans pouvoir le formuler.
La double vie, par exemple — cette configuration où des hommes et des femmes maintiennent une apparence orthodoxe complète tout en ayant intérieurement quitté depuis longtemps. Le rapport 2025 de l’Orthodox Union indique qu’environ un tiers des trajectoires examinées passent par une telle phase. Ce n’est ni une anomalie ni une hypocrisie : c’est une réponse adaptative à des coûts de sortie qui excèdent les capacités d’absorption du sujet.
La pratique sans intériorité, symétriquement — ces vies extérieurement parfaites mais intérieurement désertées, qui transmettent à la génération suivante des formes vidées de ce qui les habitait, et qui produisent les désaffiliations apparentes de cette génération-là.
La foi sans pratique, configuration que les discours communautaires identifient mal : des sujets qui ont préservé une relation à Dieu profonde mais qui ne peuvent plus, pour des raisons précises et documentables, entrer dans la pratique institutionnelle.
L’abus spirituel, enfin, dans toutes ses formes — emprise rabbinique individualisée, halakha utilisée comme instrument de contrôle conjugal, manipulation institutionnelle, retournement de la parole de la victime contre elle-même. Le prophète Yehezqel, déjà, l’avait nommé : « Malheur aux pasteurs qui se paissent eux-mêmes ! »
Un livre qui parle aussi des familles
Parce que les trajectoires de désaffiliation ne se jouent jamais dans la solitude. Elles affectent un foyer, une fratrie, un couple parental, parfois plusieurs générations simultanément.
Shmirat HaDerekh propose à ceux qui accompagnent des trajectoires difficiles des repères opératoires précis :
- Reconnaître les signes précoces sans les interpréter isolément.
- Diagnostiquer avant d’agir.
- Sécuriser et écouter dans les premiers jours, plutôt que de réagir à l’affolement.
- Distinguer amour inconditionnel et approbation inconditionnelle.
- Ne jamais utiliser la fratrie comme levier.
- Ne pas faire de la désaffiliation le seul sujet de toute interaction.
- Savoir orienter vers le clinicien lorsque c’est ce qui s’impose.
- Reconnaître les limites du rôle du Rav, et savoir quand il est, et quand il n’est pas, le bon interlocuteur.
Et, par-dessus tout, maintenir le lien, parce que c’est dans le lien préservé que tout ce qui peut encore se construire pourra se construire.
Un livre qui ose poser la question des réformes
Beaucoup de trajectoires que l’on traite aujourd’hui comme des destins individuels ne sont pas des destins. Elles sont produites par des configurations structurelles qui pourraient être modifiées : un curriculum qui a perdu la pluralité de ses voies d’accès, un système des shiddukhim devenu un dispositif de surveillance permanent, des écoles qui exposent publiquement les classements, des formations rabbiniques qui ne préparent pas à l’accompagnement clinique, un silence communautaire sur la santé mentale, sur la sexualité, sur l’abus.
Shmirat HaDerekh ne se contente pas de décrire. Il propose, dans sa dernière partie, des pistes concrètes de réforme, à l’échelle des familles, des écoles, des communautés, et des autorités rabbiniques elles-mêmes.
Un livre dans la continuité de Shmirat HaNefesh et de Shmirat HaGuf
Ce nouvel ouvrage clôt la trilogie commencée par Menahem Mendel Sander. Comme les deux précédents, il s’adresse à un lecteur exigeant qui refuse à la fois le simplisme religieux et le simplisme thérapeutique. Comme eux, il tient ensemble la rigueur halakhique et la rigueur scientifique, sans céder ni à l’une ni à l’autre. Comme eux, il s’écrit dans la conviction que la Torah et la science, correctement comprises, ne se contredisent pas — elles se confirment mutuellement, parce qu’elles parlent du même être humain, dans des langues différentes.
Et comme eux, il s’adresse autant aux familles qu’aux Rabbanim, autant aux thérapeutes qu’aux éducateurs, autant à ceux qui souffrent qu’à ceux qui les accompagnent.
Préserver la possibilité du chemin
Le titre de l’ouvrage — Shmirat HaDerekh — doit être entendu dans toute son amplitude. Il ne signifie pas seulement « empêcher quelqu’un de sortir ». Il signifie : préserver la possibilité même du chemin.
Préserver une voie de Torah qui ne soit ni vidée de sa rigueur, ni privée de son âme. Préserver un chinoukh qui ne confonde pas uniformité et fidélité. Préserver une communauté qui sache poser des limites sans transformer la différence en expulsion. Préserver des foyers où la religion ne soit pas seulement correcte, mais respirable. Préserver, enfin, la possibilité qu’un être humain rencontre la Torah comme une voie de vie, et non comme une structure où il doit cesser d’exister pour rester.
Parution prévue : juin 2026, chez Sander Édition.
Pour réserver votre exemplaire ou recevoir un avis dès la disponibilité de l’ouvrage : menahem.sander@gmail.com
Pour découvrir les premiers ouvrages de la trilogie : Shmirat HaNefesh et Shmirat HaGuf, disponibles sur www.sanderedition.com.
« Ce livre commence par un refus : le refus des explications trop rapides. Il continue par une exigence : celle de distinguer. Et il s’oriente vers une espérance : qu’en comprenant mieux les chemins de la rupture, nous puissions mieux préserver les chemins de la fidélité, mieux réparer les chemins blessés, et parfois rouvrir, avec vérité et et humilité, le chemin lui-même. »
— Menahem Mendel Sander, Shmirat HaDerekh, Introduction

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